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 Premier pas vers une vérité difficile à énoncer...

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Ruka Andréani
Lycée Quatrième Année



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MessageSujet: Premier pas vers une vérité difficile à énoncer...   Mer 21 Déc - 18:17

Une jeune fille aux longs cheveux blonds détachés se tenait immobile, un dossier sous le bras, une main suspendue dans le vide alors qu’il y a quelques secondes, celle-ci s’apprêtait à toquer à la porte de l’infirmerie…
Que faisait Ruka dans un tel lieu à l’heure du déjeuner ?
Pour répondre à cette question, il nous faut remonter le temps de quelques heures…

7h00 : Biiibiiip… Clack !

Une main sortie d’un océan de couverture, éteignit le réveil d’un geste machinal tandis qu’une jeune adolescente en émergea, les cheveux tombant le long de ses épaules tout emmêlés par cette nuit agitée... Oui, une de plus…
En effet, la canadienne avait tendance à faire si ce n’est des cauchemars, des angoisses nocturnes. La nuit n’était vraiment son royaume, bien au contraire ! Elle avait horreur de cette ambiance, de ce silence écrasant, de ce voile noir pesant comme une chape de plomb sur le monde… Ce trop grand calme avait tendance à la paniquer plus qu’à l’apaiser… Pourquoi de telles peurs vous dîtes-vous ? Depuis un certain événement, Ruka a peur de l’immobilité de la nuit, de cette impression d’absence de vie…
Elle redoutait de ne jamais se réveiller.
Voilà l’idée est dite. Son anxiété révélée…

La jeune femme se leva de son lit avec enthousiasme et se dirigea comme chaque matin vers la fenêtre, posant sa main droite sur la vitre froide due au froid de l’hiver tandis que son regard voguait vers les jardins dissimulés sous un léger brouillard mais qui n’empêchait pourtant par les rayons du soleil de percer à travers…
Oui c’était ça la vie, ce contraste permanent entre le soleil et la lune, les couleurs de la journée contre le noir de la nuit…
La vie et la mort.
Une vision de l’existence bien trop mature pour une adolescente n’est-ce-pas ? Mais une adolescente qui a été confronté à ce dilemme, il y a de cela deux ans à cause de ses problèmes de santé et de ce que cela entraîne… Cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête lui faisant craindre le pire chaque fois qu’elle fermait les paupières, chaque fois qu’elle se retrouvait seule dans la pénombre, cette peur inconsciente qui s’était insinuée en elle en même temps que sa maladie et qui malgré sa « guérison » n’avait pas disparu…

Pendant quelques minutes, Ruka observa cette nature qui se battait vaillamment contre le froid et le gel pour renaître au printemps. Cette vision lui donna le sourire mais elle dut détourner son attention pour reprendre le cours de sa matinée, si elle ne voulait se mettre en retard ! Elle saisit ses vêtements préparés la veille pliés sur sa chaise puis elle se dirigea vers la salle de bain attenante. D’un geste rapide, elle se dévêtit et gagna la douche... Le jet d’eau chaude la revigora, pourtant ses pensées étaient ailleurs, perdues à cent lieues de là… Qu’est-ce qu’elle allait bien pouvoir dire? Quel alibi allait-elle s’inventer pour pouvoir s’éclipser sans attirer les soupçons ? Mais avant de penser à tout cela, encore fallait-il qu’elle s’y rende…

Son esprit était encore en train de peser le pour et le contre, tandis qu’elle se savonnait, tout en sachant très bien que ce qu’elle désirait était à l’opposé de la raison et du bon sens…
La voilà qu’elle ressortit, se drapant dans une sortie de bain blanche... Le reflet du miroir dévoilait une jeune fille élancée avec de longs cheveux blonds trempés tombant en cascade sur ses épaules fines tandis que quelques cernes marquaient son visage aux traits délicats. Instinctivement, Ruka tout en s’observant dans la glace, glissa sa main le long de son cou pour descendre juste en dessous de l’os du collier. Là, ses doigts effleurèrent avec délicatesse sa peau meurtrie tandis que son regard se baissa vers sa cicatrice… Empreinte à vie de son passé, de son vécu… Même si elle voulait l’oublier, cette marque était là pour lui rappeler que si elle était toujours là, toujours debout, c’était grâce à un autre. Elle sentit sous sa paume les battements de son cœur. Son cœur.
Oui, maintenant il était le sien et pourtant pendant plus d’une dizaine d’année, il avait battu dans une autre poitrine au gré des humeurs, des envies de son propriétaire disparu…

Très vite, Ruka reprit ses esprits, saisit ses sous-vêtements, enfila un pantalon noir classique, un t-shirt à col roulé marron, dissimulant ainsi au plus vite cette trace indélébile et enfin par-dessus, un pull moulant rouge à col V. Une tenue classique et pratique mais qui lui allait vraiment bien et lui ressemblait ! Pas de chichis, de tralala, le naturel tout simplement.
La jeune fille sécha rapidement ses cheveux, puis satisfaite de l’image du miroir, elle retourna dans la chambre, mit ses bottes à petits talons, saisit sa veste noire, prit son sac à bandoulière près de son bureau. Et alors qu’elle allait refermer la porte derrière elle, sa main sur la poignée, son regard fixa son lit, du moins sous son lit…

Allez c’est parti pour une matinée de cours ! La tête haute et déterminée, Ruka se dirigea vers l’aile est, monta des escaliers pour rejoindre sa classe. Comme toujours, il y avait déjà quelques élèves devant la salle papotant tranquillement, la jeune fille les salua rapidement, puis un peu en retrait, elle aperçut Naoki, assise sur le rebord d’une fenêtre. Les deux adolescentes discutèrent, de tout et de rien, des cours qui les attendaient aujourd’hui comme de leur dernier film vu au cinéma… Des choses banales mais qui permettaient de nouer le contact et d’apprendre à se connaître tout simplement. Peut-être allaient-elles devenir amies avec le temps ?

Mais, l’heure n’était plus au bavardage mais aux leçons. C’est alors que le cours d’anglais commença… Ruka écouta sans prendre beaucoup de note, n’ayant aucune difficulté dans cette matière étant canadienne !
Puis vint le cours d’histoire, où les élèves ne firent que copier, tentant comme ils pouvaient de suivre l’intrigue du passé…
Pendant une courte pause, l’adolescente repensant rapidement à ce qu’elle devait faire ce midi, mais chassa cette idée d’un revers de main puis la matinée reprit son rythme infernal à la course du savoir… Entourée de ses camarades, la jeune fille se dirigea vers l’aile ouest, dédiée aux matières scientifiques pour le TP de chimie ! A peine arrivée, les élèves durent constituer des binômes, cela fait, ils purent s’asseoir devant les paillasses remplies de tubes à essais, de pinces, de pipettes. Sous les instructions de leur enseignant, les adolescents mélangèrent des produits, introduisant parfois des métaux pour prouver leur oxydation…
Pendant près de deux heures, Ruka et ses camarades s’appliquèrent et constatèrent des changements, apprirent les différentes transformations des métaux… Un vrai casse-tête, qui intriguait et plaisait à la curieuse qu’elle était ! Mais tant impliquée dans son expérience, Ruka en oublia sa mission du déjeuner…
Pour les féliciter de leur travail, de leur implication, leur professeur les autorisa à sortir plus tôt ! Cette nouvelle arriva comme un soulagement pour la plupart des élèves, mais pas pour la demoiselle, qui voyait son projet avancé… Elle rangea fébrilement ses affaires tandis que la plupart de ses camarades étaient déjà sortis, se précipitant sûrement vers la cantine ! Naoki et Rinne devant la porte de la classe lui demandèrent de se dépêcher mais Ruka leur apprit qu’elle devait aller à l’infirmerie, rapporter la photocopie de son carnet de vaccination, mais avant qu’elles ne lui proposent de l’accompagner, ce qui aurait été la cata, l’adolescente leur précisa qu’elle en aurait peut-être pour un moment, qu’en plus, elle devait rejoindre sa mère pour manger à l’extérieure.

« A toute à l’heure Ruka » lui dirent-elles avant de s’éloigner.

Ruka leur fit un signe de la main, poussa un long soupir dès qu’elles eurent le dos tourné, puis son sac sur son épaule, elle déambula dans les couloirs tandis que ses pensées et le mensonge qu’elle venait de faire lui trottait dans sa tête. Elle qui avait horreur de ça, qui mettait la vérité sur un pied d’estale, venait de mentir…
Mais avait-elle eu le choix ? En toute honnêteté, oui.
Mais cela aurait signifié qu’elle aurait dû leur parler de ce qu’elle a vécu et de ce qu’elle vit encore. De ses failles, et ça il en était hors de question ! C’était son secret, sa vie. Elle n’était pas prête à le partager.
Et pourtant… La jeune fille monta les escaliers menant à l’internat, puis se dirigea vers sa chambre, la numéro 11.
Elle y entra mais ne fit pas un pas de plus alors que son regard fixé ce maudit lit. Elle ne devait pas se laisser submerger par ses émotions… Après un autre soupir, elle y alla, s’accroupit et saisit sa valise cachée dessous et la posa sur son lit.
*Allez Ruka, il faut le faire* s’insurgea- t-elle. D’un geste rapide, elle l’ouvrit, découvrant ce qu’elle tentait de cacher aux autres. Sa maladie, ses conséquences, son traitement… Tout ça était regroupé là, dans ce dossier médical des plus épais. Tout ce qu’elle tentait de nier, était juste sous ses yeux marron…

Mais bon, il fallait qu’elle le fasse, elle le devait… Ruka le prit sous son bras, le considérant une fois de plus comme un fardeau, un boulet qu’elle se traînerait toute sa vie…
Maintenant direction infirmerie. Eh oui, c’était ça, sa mission ! Donner la photocopie de son dossier médical à l’infirmière, pour qu’elle connaisse ses antécédents médicaux… Ses pas la menèrent vers ce but qu’elle craignait tant… Pourtant plus d’une fois durant ce trajet, elle avait failli faire demi-tour mais elle n’avait pu se résoudre à abandonner, ah ça non ! Elle était trop fière pour ça ! Sa respiration se fit plus rapide tandis qu’elle était devant l’infirmerie…
Voilà, maintenant, vous savez la raison de sa venue à l’infirmerie…

Après une longue inspiration, Ruka tendue mais déterminée, toqua à la porte…
Premier pas vers une vérité difficile à énoncer… Allait-elle parvenir à mettre des mots sur cette maladie, sur cette greffe, surtout face à une inconnue…

____________________



Deux souffrances, deux douleurs... un même amour.


Dernière édition par Ruka Andréani le Lun 23 Jan - 14:54, édité 1 fois
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Sakuya Akiwara
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MessageSujet: Re: Premier pas vers une vérité difficile à énoncer...   Mer 21 Déc - 18:26

    Début Avril - Rentrée scolaire

    Malgré la nuit qui tombait peu à peu dans la rue, je continuais de courir. Je courrais alors que je n‘en pouvais plus. Je voyais flou, mes poumons me brûlaient, ma gorge également et mes jambes flageolaient. Pourtant, je continuais de courir. Je continuais parce que tout en moi, la moindre de mes cellules me hurlaient qu’elle était en danger.

    La rue peu à peu s’évapora pour laisser place à un long couloir où était allumé à intervalle régulier sur les murs, un petit néon blanc. Je grimaçais en reconnaissant les odeurs qu’il y avait : désinfectant et anesthésiant. Tout ce dont j’avais en horreur.
    Je commençais à ralentir mon allure pour avoir le temps de vérifier chaque pièce au cas où Manami y serait. Je frissonnais de froid mais également de peur quand j‘aperçus soudain un néon rouge qui indiquait la seule porte fermée de tout le couloir. Sans attendre, je m’y précipitais et l’ouvris avec brusquerie en criant :

    « Naaam ! Nam, où es… »

    La pièce n’était éclairé que faiblement. Au centre, une jeune fille était allongée sur une table d’opération. La plus grande partie de son visage était plongée dans l‘ombre cependant, je l’aurai reconnu n’importe où.

    « Non. Non. Non. Noooon !!! »

    Je fus comme figé pendant quelques instants. Puis, je m’approchais doucement, un pas après l’autre en ignorant les larmes qui me montaient aux yeux. Je la regardais avec une tristesse infini sans vraiment croire qu’elle était… En prenant doucement sa main dans la mienne, je la serrais de toutes mes forces et petit à petit, l’espoir de la sauver laissa la place à la plus grande douleur et la plus grande culpabilité que je n’avais jamais connu.

    « Reviens, s’il te plaît… Réveilles-toi, Manami… S’IL TE PLAÎT ! »


    - - - - -

    Le cri que je poussais me réveilla en sursaut. Les yeux grands ouverts, je me rendis compte après quelques instants que j’étais le seul réveillé. En sueur, un peu désorienté par ce que je ressentais, je repris peu à peu mon souffle. Quelques images de mon rêve étaient encore bien net dans mon esprit et ne faisaient qu’augmenter ma souffrance. La douleur était telle que j’en avais les larmes aux yeux. Je passais une main lasse sur mon visage crispé. J’avais l’habitude de ses cauchemars, mais pas de la souffrance qu’ils les accompagnaient.

    Je soupirais de fatigue, de tristesse et de colère mêlés avant de me redresser, m’appuyant sur un coude pour pouvoir chercher à tâtons mon portable que j‘avais posé sur ma table de chevet.
    Après avoir failli faire tomber mon réveil et mettre cogné les doigts contre ma lampe, je le trouvais et l’allumais. Le monde de la nuit m’offrait une autre nouvelle et désagréable surprise : l’heure. Il était trois heures vingt du matin. J’avais en conséquence, un peu moins de quatre heures devant moi pour me morfondre.

    Je m’assis dans mon lit, j’ouvris le tiroir de ma table de chevet. Mes yeux s’étaient un peu habitué à l’obscurité et je regardais donc mon roman du moment déjà bien entamé qui y séjournait en compagnie de mon carnet de note. Je pris ce dernier entre mes doigts et après un instant d’hésitation, je refermais le tiroir avant de me rallonger dans mon lit, m’emmitouflant dans ma couette.

    La tête posée sur l’oreiller, le carnet dans mes mains, je regardais le plafond sans vraiment le voir. J’étais parti dans un petit voyage intérieur.

    J’étais arrivé au Pensionnat Matsue, il y a quelques jours et étrangement, j’avais pensé que même si Manami me manquait toujours autant, j’arriverais au sein de cette nouvelle chambre à dormir un peu plus et surtout plus sereinement. Je n’avais aucun souvenir avec elle dans ce lycée, encore moins dans cette ville en conséquence, pourquoi mes insomnies continueraient dans cet environnement ? Pourquoi n’aurais-je pas eu cet espoir de pouvoir enfin continuer à vivre et non plus à me laisser simplement porter par le temps qui passait ?

    Un petit soupire triste et mélancolique à la fois, exprima ma déception.

    J’aurai dû savoir d’une certaine manière que mes espoirs étaient toujours vains. Mes insomnies avaient continué et même mes cauchemars étaient revenus, chose que je ne comprenais pas. À l’époque de sa disparition, je rêvais de l’accident de façons toujours différentes alors que depuis mon arrivé ici, c’était toujours le même, ne faisant que me faire souffrir d’avantage. Je revoyais plus ou moins ce que j’avais découvert dans cette salle d’opération, comment elle était. Inerte, figée, sans vie… Ce cauchemars accentuait le sentiment de culpabilité qui me rongeait de l’intérieur.

    Sans m’en apercevoir, au fur et mesure que le temps s‘écoulait et plus que j‘essayais de , je sombrais dans le sommeil sans que ma peur ne me quitte pour autant…

    - - - - -


    Vrrrr. Vrrrr. Vrrrr.

    J’ouvris les yeux et je fus un peu surpris par la lumière qu’il y avait dans la chambre. Je me redressais en me protégeant les yeux et soupirais. J’étais fatigué et mes membres un peu engourdis. J’avais en tout et pour tout dû dormir seulement quatre - cinq heures. Seul, cela pourrait aller, mais comme cela faisait au moins la quatrième nuit de suite, je commençais à peiner.

    Je me levais et regardais à cet instant mon portable. C’était le vibreur qui m’avait réveillé et j’eus une grimace quand je me rendis compte que ce n’était qu’un sms de pub. Avec résignation, je le reposais sur la table de chevet et pris mes affaires avant d’aller m’enfermer dans la salle de bain pour une douche matinale. Cela ne m’empêcha pas pour autant d’avoir des bouts de mon rêve revenir en mémoire, ni de penser que malheureusement, je devais aller en cours aujourd’hui.

    Après une petite demi-heure, j’étais habillé et j’avais fais mon lit. Je buttais involontairement contre le coin de mon bureau prenant mon sac de cours, je poussais un juron bien sonore.
    En soupirant, je rangeais le peu d’affaires qui trainaient avant de sortir de la chambre, prenant mon portable en passant et je fermais la porte à clefs derrière moi. Dans le couloir, je croisais quelques élèves ainsi qu’un surveillant qui me regarda comme si j’étais sur le point de commettre un meurtre. Calmement et sans enthousiaste, j’allais jusqu’à la salle où j’avais mes deux premières heures de cours. Je saluais de loin et simplement d’un hochement tête.

    En cours, je n’étais pas bavard. J’étais distrait, je rêvassais assez souvent, mais je ne parlais jamais. Je ne faisais pas attention aux autres et les seuls relations que j’avais avec mes camarades, c’étaient en cours si le professeur avait demandé un travail en groupe. Il y en avais même que je ne savais toujours pas comment ils s’appelaient ni à quoi ils ressemblaient alors que nous étions dans la même classe.
    Pourtant, même si j’avais d’assez bonnes notes et que je commençais une réputation d’intello, mes rêveries ou plutôt les moments où les souvenirs me revenaient avec un peu trop de vivacité, j’avais droit à une ou deux remarques de la part de mes professeurs.

    D’ailleurs, cela faisait seulement une demi-heure que le cours avait commencé que déjà, le prof m’avait interrogé deux fois et avait constaté les cernes que j’avais sous les yeux. J’hésitais depuis plusieurs jours à me rendre à l’infirmerie pour demander un léger somnifère, avant que je ne m’écroule de fatigue en plein milieu de la cantine par exemple. Je n‘avais pas encore tout à fait pris ma décision malgré la remarque désagréable de mon prof parce que la seule et ultime fois que j’en avais demandé, mon ancien médecin traitant m’avait donné des antidépresseurs à la place quand je lui avais raconté la cause de mes insomnies…

    Le cours se poursuivit jusqu’à la sonnerie annonçant le changement de salle. Toujours avec la même indifférence au cœur, je sortis après mes camarades dans un calme olympien. Je remarquais alors que Hamitsu-san, l’enquiquineur de ma classe m’attendait, appuyé contre le mur. Il faisait la même taille que moi, a peu près la même carrure également mais son look était très loin du mien. Il essayait de montrer son mauvais côté à travers son apparence débraillé mais, à mes yeux, il était plus ridicule qu’autre chose. Tanaka-san me colla tout le long du chemin qui nous menait à notre prochain cours et juste avant que j’entre en classe, il s’approcha de moi, un sourire mauvais aux lèvres et murmura :

    « Ton argent pour ton déjeuner... »

    L’accumulation de la fatigue, le fait que je n’arrivais toujours pas à me sortir mon rêve de la tête conjugués à cette racaille qui essayait encore de me racketter, je vis rouge. Je lui jetais un regard noir par-dessus mon épaule et tout en murmurant également, je lui rétorquais d‘une voix douce mais froide :

    « C’est toi qui va avoir des problèmes si tu te fis aux apparences. »

    Je le poussais d’un coup d’épaule et je pénétrais dans la salle. Je me fis foudroyer du regard par le pauvre type puis, en soupirant je me préparais pour le TP de chimie. Bien évidemment, il fallait constituer des binôme et avant que je puisse dire quoique se soit je me suis retrouvé avec Naoki-san à mes côtés. Un peu surpris et perplexe, je passais mon cours à essayer d’éviter le plus possible de regarder ma camarade de classe qui avait la fâcheuse habitude de me sourire à chaque fois que nos yeux se croisaient. Cela fut pire quand, après une énième expérience sur l’oxydation, je ne pus m’empêcher de bailler. J’eus droit alors à tout un discours sur les biens faits du sommeil
    Je pris ma décision à cet instant-là. Si cela pouvait me permettre d’éviter une autre leçon de la part de cette jeune fille, je pouvais bien supporter les quelques questions indiscrètes d’une infirmière pour un tube de somnifères.

    Dès que la sonnerie retentit une nouvelle fois, je sortis rapidement et traversais tout le lycée pour me rendre à la vis scolaire. Je demandais où se trouvait l’infirmerie et un surveillant me répondit très succinctement. Il précisa au moment où j’allais partir, qu’à cette heure-ci, la jeune femme était en pause déjeuner, mais que l’infirmerie était ouverte et que je pouvais l’y attendre là-bas.

    Je le remerciais et sortis de la pièce. Passant une main dans les cheveux d’un geste las, je traversais le couloir principal du lycée pour ensuite aller au bâtiment administratif, au fin fond du dernier couloir secondaire. Les dernières portes portaient toutes une petite plaque qui indiquaient à quoi elles servaient et au bout de quelques minutes, je trouvais celle où était écrit Infirmerie.

    Je frappais jusqu’au cas où et comme il n’eut pas de réponses, je fis comme me l’avait dit le surveillant. Je pénétrais dans la pièce en refermant la porte par habitude.
    Sur le bureau, il y avait un papier où quelqu’un avait écrit Reviens dans vingt minutes. Je posais mon sac de cours au pied d’une des chaises, ainsi que la veste de mon uniforme avant de regarder un peu autour de moi. Le bureau était près de la fenêtre, à ses côtés se trouvait une grande armoire métallique sûrement fermée à clefs en l’absence de l’infirmière. Derrière moi il y avait un lavabo ainsi qu’un distributeur de gobelets. Un peu à l’écart, près de la porte se trouver une petite table ronde où toutes sortes de plaquettes étaient rassemblées.
    Une, d’un jaune vif, expliquait l’intérêt qu’il y avait à communiquer avec les adolescents et cela me fit lever un sourcil. Ceux qui avait fait cette plaquette devaient être des personnes qui n’avaient jamais eu à faire à des adolescents, sinon ils n’auraient pas pondus un truc aussi idiot.

    Un coup à la porte me fit sursauter. Je me retournais et supposais que c’était un élève. Effectivement, cela semblait un peu ridicule de penser que l’infirmière aurait frapper pour entrer dans sa salle. En soupirant de regret que ce petit interlude de silence et de tranquillité n’est pas duré un peu plus longtemps, j’allais ouvrir la porte.

    Une blonde d’une mètre soixante, soixante-cinq environ se tenait derrière, avec le plus gros dossier que j’avais vu de toute ma vie. Elle portait l'écusson de l'école ce qui signifiait en conséquence qu’elle faisait partie intégrante de ce lycée. Pourtant, son visage aux traits fins et ciselés ne me disait absolument rien. Encore une inconnue qui s’était perdue dans la masse humaine…
    Ne voulant pas paraître impoli, je la saluais d’un simple hochement de tête avant d’ouvrir la porte entièrement et de l’inviter du regard à entrer dans la pièce. Essayant de paraître aimable, je lui tirais une chaise du bureau et dit d’un ton poli et neutre.

    « Si tu veux t’assoir, je t’en prie »

    Je fus un peu surpris de voir qu’elle ne se décidait toujours pas à bouger. Je croisais à l’instant ses yeux marrons-noisettes qui reflétaient une certaine nervosité et pendant une seconde, je me demandais ce qui pouvait la stresser comme ça. Haussant les épaules, j’allais m’assoir sur la chaise sous laquelle j’avais posé mes affaires. Puis, tournant mon regard d’un noir profond où l’on pouvait lire clairement la tristesse que je ressentais continuellement, j’expliquais à la jeune fille.

    « L’infirmière est en pause déjeuner, elle ne va pas tarder à revenir. »

    C’est ensuite dans la plus grande indifférence pour la blonde que je pris à l’intérieur de mon sac, un bouquin que je venais d’entamer il y a de cela quelques jours. En me relevant, mon regard tomba une seconde fois sur le gros dossier que tenait ma camarade et sans m’en rendre compte, j‘exprimais ma pensée à voix haute.

    « Elle doit être son larbin pour transporter un tel dossier… Enfin, ça me regarde pas… »

    Sans plus m’en préoccuper outre mesure, j’ouvris mon livre là où je m’étais arrêté la dernière fois et commençais ma lecture.
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Ruka Andréani
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MessageSujet: Re: Premier pas vers une vérité difficile à énoncer...   Mer 21 Déc - 22:44

L’heure de la vérité a sonné pensa Ruka tandis qu’elle attendait devant l’infirmerie, tenant serrée contre sa poitrine son dossier médical, source de tant d’angoisse et de colère…
De colère contre le destin qui l’avait frappé, cette maladie qui l’avait mise en sursis hier et qui ne lui laissait qu’un répit d’une quinzaine d’année, du moins si aucune complication n’apparaissait jusque-là…
Lorsque Ruka entendait ses camarades se projetaient dans vingt ans, se voyant déjà mener de front vie de famille avec femme et enfants et carrière professionnelle exceptionnelle, un sourire amer se dessinait sur ses lèvres.
Si seulement elle pouvait envisager l’avenir si sereinement… Ces « prémonitions » exactes ou bien même erronées lui renvoyaient à chaque fois au visage que le futur avait une limite pour elle…
Mais le destin, ou plutôt une famille à la générosité extrême lui offrait ces années de vie. Sans eux, l’adolescente ne se tiendrait pas là debout au lycée mais six pieds sous terre…
C’était un avenir peut-être incertain mais qui existait bel et bien…

Instinctivement, Ruka prit une grande inspiration après avoir toquée à la porte, se préparant psychologiquement à devoir livrer une partie d’elle à l’infirmier qu’elle le veuille ou non…
Ce fut à cet instant que la porte s’ouvrit…
Elle fut surprise par l’identité de son « hôte ». Il ne s’agissait pas de l’infirmier, comme on pouvait s’y attendre mais d’un lycéen ! La jeune fille leva un sourcil d’étonnement mais ne dit rien tandis que sa curiosité et sa logique se complétaient dans sa tête pour tenter de savoir de qui il s’agissait et pourquoi c’était lui qui avait ouvert la porte et non l’infirmier comme on pouvait s’y attendre…
Peut-être l’infirmier était-il occupé à chercher des médicaments pour le jeune homme et de ce fait, l’avait envoyé ouvrir la porte ? Pourquoi alors Ruka n’avait-elle pas entendu un « entrez » l’autorisant ainsi à pénétrer dans les lieux sans avoir besoin d’un « portier-patient»?
Car il ne faisait aucun doute dans l’esprit de la canadienne que le jeune homme aux cheveux de jais en face d’elle était malade. Quelle autre raison sinon d’être dans l’infirmerie? Hormis donner un dossier médical bien-sûr…

Les deux adolescents se trouvaient au pas de la porte, se regardant quelques instants sans un mot, se jugeant simplement d’un simple coup d’œil. Le visage aux traits fins de son interlocuteur semblait familier à Ruka. Physionomiste. Et oui, la demoiselle possède cette facilité à reconnaitre des visages en ne les ayant vu qu’une fois et très rapidement, ce qui en étonnait toujours plus d’un. (En même temps comment oublier ce jeune homme mystérieux et au regard triste ? Oui la joueuse est fan de Saku et de sa joueuse que voulez-vous^^, mais revenons à nos moutons ou plutôt à nos deux ados).

Où et quand Ruka avait bien pu voir ce jeune homme?
Lors des portes-ouvertes peut-être ? A la cantine ? Toutes suppositions naissaient pour être aussitôt balayées par sa mémoire qui réfutait chaque thèse.

Son esprit tentait de résoudre ce mystère jusqu’à ce que l’inconnu l’invite à entrer. Toujours en silence, la jeune fille entra, reportant son attention sur la pièce d’assez belle taille, au mur tapissé d’affiches colorées prévenant des maladies sexuellement transmissibles, des effets néfastes du tabac sur la santé.
*Comme si les gens n’étaient pas au courant pensa-t-elle ironiquement*
Comme si du goudron pouvait faire du bien à nos poumons ! Comme si nos petites alvéoles réclamaient à corps et à cris ce poison qui les entartrait et les détruisait ! Puis même si la logique et la réflexion ne fonctionnaient pas chez certains le « fumer tue » imprimé sur le paquet était on ne peut plus explicite…

Ses prunelles marron continuaient l’inspection des lieux, survolant la petite table basse à sa gauche derrière la porte remplie de prospectus du même genre que les affiches, remarquant non loin le lavabo avec au-dessus un miroir, un distributeur de gobelets juste à côté (plutôt logique comme disposition^^). Le bureau se trouvait juste en face d’elle inondé par la lumière extérieure provenant de la fenêtre, une armoire métallique volumineuse non loin de là et enfin sur sa droite un lit, prêt à accueillir un futur malade.
Elle priait intérieurement pour ne jamais en avoir besoin… Chose plutôt difficile à concevoir étant donné qu’à la moindre suspicion de fièvre, à la plus petite toux, au moindre rhume, elle devait aller voir l’infirmier pour se faire soigner avant que cela ne s’aggrave et n’ait des conséquences catastrophiques sur sa santé et son cœur greffé…
Mais Ruka balaya ses pensées négatives d’un revers de main pour revenir sur le jeune homme à présent devant le bureau, la main sur le dossier d’une chaise vide puis sur un ton à la fois poli et distant, l’invita à s’asseoir.
Ce n’est qu’à cet instant qu’elle remarqua qu’il n’y avait pas d’infirmier ! Donc pas de secret à dévoiler… Son cœur était soulagé de ce retardement mais sa raison n’aimait pas ce report… Peut-être avait-elle peur que la jeune fille n’ait plus le courage de refranchir cette porte pour se délester de son dossier révélateur d’une santé fragile ?
La canadienne reprit confiance et sérénité devant l’absence de son juge, pardon infirmier, mais elle ne devait en aucun cas baisser sa garde, même et surtout devant un élève…

Inconsciemment, son regard se tourna vers le jeune homme comme pour le juger et c’est alors qu’elle constata qu’il s’agissait d’un de ses camarades de classe ! Elle ne s’en rappela qu’à cet instant, il faut dire que le jeune homme est très discret, le genre d’élève assis au milieu de la classe, assez solitaire, que l’on n’entend que si le professeur l’interroge. C’est pourquoi Ruka ne s’en était pas souvenue auparavant…

« Merci » lui dit-elle alors qu’elle s’approchait de la chaise qu’il avait tirée pour elle.
Et alors qu’elle attendait sans trop savoir quoi dire, ni que faire, son camarade prit place sur le siège d’à côté, où une veste reposait sur le dossier. Puis tout en la fixant de son regard sombre, il lui expliqua que l’infirmier était parti déjeuner mais qu’il ne tarderait pas à revenir.

Visiblement, le destin tenait absolument qu’elle livre une partie de sa vie aujourd’hui, comme si elle craignait qu’elle change d’avis… Ce qui était sûr en tout cas, ce qu’elle attendrait d’être seule avec l’infirmier pour lui donner son dossier, jamais elle n’en parlerait devant quelqu’un… Et chose encore plus improbable, elle ne le laisserait pas sur le bureau à la portée de tous…
Mais justement combien de temps lui restait-il avant sa confession ? Autant poser directement la question.

« Cela fait longtemps que tu attends ici ? » demanda-t-elle au jeune homme tandis qu’elle hésitait encore à s’installer.

En attendant une réponse, elle l’observa, se demandant d’ailleurs ce qu’il avait pour être ici. Il ne semblait pas blessé, ne boitait pas, aucune manche remontait pour révéler une plaie.
Il ne pouvait qu’être malade alors… (Quelle déduction ^^ Ruka devrait-être inspectrice vous ne trouvez pas ?).
Ses yeux ne brillaient pas de fièvre mais étaient sombres avec toutefois une lueur de… tristesse. L’absence de sourire, son air distant renforçait cette impression de chagrin, de malaise… Qu’est-ce qui pouvait être la cause d’une telle tristesse ? La curiosité de la jeune fille aurait aimé avoir une réponse…
Les cernes sous les yeux noirs étaient, quant à elles, révélatrices d’une extrême fatigue… Une nuit blanche peut-être ? Mais là encore, elle ne le serait pas…
Etant donnée qu’elle était là, la jeune fille ne pouvait plus faire marche arrière, et se décida à s’installer. Elle glissa son sac de son épaule pour le mettre à ses pieds, tandis que de sa main droite elle commença à ouvrir sa veste noire alors que son dossier était toujours serré contre sa poitrine.
C’est alors qu’elle entendit dans un murmure s’échapper des lèvres de son interlocuteur:

« Elle doit être son larbin pour transporter un tel dossier… Enfin, ça me regarde pas… ».

La jeune fille se tourna immédiatement vers son camarade qui était en train de lire tandis que la colère coulait dans ses veines face à ses propos qui mettaient sa fierté en berne.

« Je ne suis le… » dit-elle d’un ton sec mais elle ne termina pas sa phrase, se rendant compte de ce qu’elle aurait laissé suggérer.

Si elle démentait qu’elle était le « larbin » de l’infirmier, cela signifiait donc clairement que ce « tel dossier » lui appartenait et donc… Qui était beaucoup trop volumineux pour une jeune fille ordinaire ! Alors dilemme : la fierté ou bien la vérité ?
Ruka avait horreur des mensonges et des gens malhonnêtes et en même temps, elle était une adolescente assez fière et l’idée qu’elle pouvait être le « pigeon » de quelqu’un l’horripilait…
Dire la vérité semblait donc être la meilleure solution, toutefois, la canadienne n’était pas prête à parler de ses soucis, de ses ennuis de santé, de ses « failles »…
Contre toute attente, elle ne dit rien, préférant ne pas relever les propos de son camarade, ni même expliquer son interruption pour revenir sur un terrain moins dangereux pour elle :

« Qu’es-tu en train de lire ? lui demanda-t-elle sur un ton redevenu calme après un court silence, après s’être assise à ses côtés avec son boulet plus collé que jamais contre sa poitrine, évitant de cette manière que son camarade puisse lire son nom sur la couverture…
D’ailleurs, ils ne s’étaient pas encore présentés.

« Au fait je m’appelle Ruka Andréani et si je ne me trompe, nous sommes camarades de classe » lui dit-elle un sourire au coin des lèvres.

Voilà à présent chose faite, du moins pour elle ^^.

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MessageSujet: Re: Premier pas vers une vérité difficile à énoncer...   Mer 21 Déc - 23:01

    A peine que j’avais ouvert mon livre que mon regard fatigué fut attiré par un mouvement de la demoiselle. Sans vraiment savoir pourquoi, je la regardais un peu plus attentivement et j’eus une envie très étrange. Son pull rouge faisait un contraste saisissant avec sa chevelure lumineuse et je me demandais si elle était aussi soyeuse au toucher qu’elle en avait l’air. Heureusement pour moi, mon interlocutrice interrompu mes pensées et sans départir de mon impassibilité, je lui répondis que cela faisait à peine cinq minutes que je patientais. Je pouvais ainsi éviter de me questionner plus avant sur l’idée insolite qui m’était passée par la tête.
    Je remarquais alors le conséquent dossier qu’elle contenait tout contre elle, comme si elle ne voulait pas que quelqu’un ne le remarque… Ou peut-être était-ce pour qu’aucun curieux ne puisse apercevoir ce qu’il était écrit sur la première page de cette opulente chemise ?

    Je ne me rendis pas compte que j’avais parlé à voix haute, cela ne m’arrivait que rarement et uniquement dans les moments où je me sentais à l’aise. Cela revenait sommairement à dire quand j’étais certain d’être seul.
    Je fus subséquemment, plus que surpris par la réaction de la jeune fille surtout qu‘elle ne termina pas sa phrase.
    Haussant les épaules, ne voulant pas pousser l’indiscrétion plus loin puisque cela ne me regardait en rien, je reposais mes sombres prunelles sur mon ouvrage pour débuter ma lecture, sans émettre de commentaires.
    Je préférais laisser mon esprit partir au loin, au sein d‘un lieu que lui et moi connaissions… Les livres.

    Ces manuscrits presque magiques qui arrivent à contenir un tout dans quelques feuilles reliées entre elles, écrites à la main ou imprimées. Grâce à ces récits d’une immense diversité, je pouvais me retrouver dans le corps de n’importe qui, à n’importe quelle époque, dans n’importe quel lieu. J’arrivais avec une seule de ses œuvres à voyager loin, très loin, simplement en imaginant ce que mes yeux lisaient au fur et à mesure des pages.
    Les mots… Un refuge, une protection, l’unique outil que j’avais à ma disposition pour me permettre de me reposer pour un temps bien trop court à mon goût. Je pouvais ainsi oublier quelques minutes, que j’étais moi, Sakuya Akiwara, obnubilé par ma culpabilité, rongé de l’intérieur par une telle douleur depuis qu…

    J’aurai aimé ne plus rien ressentir, être une coquille absolument vide d’émotions, être une personne indifférente à tout ce qui était autour d’elle le restant de ma vie… Cela aurait été beaucoup plus facile pour moi de tenir ma parole, ainsi. Néanmoins, le hasard a voulu que je puisse continuer à vivre en ayant des sentiments… Tous ceux qui ne faisaient qu’intensifier la souffrance que j’avais en moi depuis sa perte : Colère, haine, peur…

    Aujourd’hui, je dois supporter mon existence puisque comme j’ai lui ai fais cette promesse de vivre pour elle, je ne peux y mettre un terme…

    « Qu’es-tu en train de lire ? »

    La question de ma camarade stoppa immédiatement le fil de mes pensées, ce qui était peut-être une bonne chose vu la direction qu’elles étaient en train de prendre. Je me redressais sur mon siège pour me donner une certaine contenance et mon regard alla de mon livre à la demoiselle pour revenir à ce dernier. Qu’est-ce qui l’avait interpelé dans ce roman étranger ? Était-ce la couverture : une ville qui s’étendait au loin avec en premier plan et pourtant dans l’ombre, une femme se tenait dans un fauteuil rond design, le téléphone dans une main, un révolver dans l’autre… ? Le nom quelque peu particulier de l’auteur, puisqu’il était français ? Ou serait-ce le titre… ?
    Ce titre qui m’avait évoqué tant de choses dès que je l‘avais lu dans la librairie. Il m’avait presque appelé ensuite et je n’avais pas eu l’esprit reposé qu’au moment où j’avais cédé à cette tentation. Je l’avais acheté, néanmoins j’avais attendu presque deux mois avant d’avoir le courage de simplement l’ouvrir. Plus d’une semaine après, pour commencer à le lire. Pourquoi ? Parce que ce titre, justement, m’avait rappelé des souvenirs, des bons comme des mauvais ce qui m’avait fais presque peur… Que me réservait l’histoire ?

    Je le refermais, d’ailleurs, après avoir glissé mon marque-page à l‘endroit où je venais de m‘arrêter, je relevais la tête et répondis à la jeune fille, d’une voix calme presque douce et sans poser aucune de mes questions qui me trottaient encore dans la tête :

    « L’appel de l’ange de Guillaume Musso… »

    Sur mon visage, seul mes yeux laissèrent passer l’émotion fugace qui me traversa, mais intérieurement, je souriais. Un sourire mélancolique qui n’en était pas moins sincère en imaginant ce qu’elle aurait pu me demander après que je lui aurais dépeins le caractère de l’héroïne, Madeline. Elle aurait surement voulu que j’écris une autre histoire où elle aurait été l’ancienne policière traumatisée, avec quelque modelage à sa manière sur la fin de l’histoire, bien évidemment, pour qu‘elle puisse ensuite la jouer de façon si théâtrale que j‘aurai été jusqu‘à en pleurer de rire… Une chose bien futile à songer puisqu’elle n’était plus là.

    Je regardais de nouveau ma camarade, ce que je n’aurai dû faire puisqu’elle sembla prendre cette rapide observation comme une invitation de ma part à converser avec elle. Ainsi, elle se présenta et me fit part d’une information qui m’intrigua plus que je ne me l’avouais sur le moment.

    « Au fait, je m’appelle Ruka Andréani et si je ne me trompe, nous sommes camarades de classe »

    Le fait qu’elle n’était plus une simple inconnue rencontrée par hasard comme beaucoup d‘autres, mais bien Andréani-San, la demoiselle croisée à l’infirmerie me fit me raidir légèrement. Cependant, si elle avait raison et que nous étions bien camarade de classe, cela allait m’être encore plus difficile pour ne pas avoir plus de relations que le minimum de politesse, l’exigeait. Je respirais profondément et tout en espérant que mes iris ne trahiraient seulement la fatigue et le chagrin qui m’accablaient quotidiennement depuis deux ans et non pas sur l’effroi que je ressentais à avoir un certain lien avec elle, je lui répondis :

    « Je suis Sakuya Akiwara. Je ne peux que te croire sur parole, je ne fais jamais attention à ce qui m’entoure, surtout les personnes… Et ton nom ne me dit rien. »

    Il n’y avait de méchancetés de ma part dans les propos que je venais d’avoir. J’énonçais simplement un état, un fait. Je ne voyais plus l’intérêt d’apprendre à connaître les personnes qui gravitaient autour de moi, alors retenir leur prénom ou garder leurs visages dans ma mémoire… Quelle importance ?
    Un jour ou l’autre, quoiqu’il arrive dans leurs vies ou la mienne, je savais qu’elles allaient disparaître d‘une façon ou d‘une autre. J‘avais réussi à survivre après avoir perdu Nam, mais je savais au fond de moi que je n’aurai pas la force de me relever une seconde fois si cela devait se reproduire, que mon cœur se briserait une dernière fois et que mon esprit se renfermerait sur lui-même pour ne plus être qu’un corps inerte…
    J’évitais donc de m’attacher à qui que se soit, nonobstant cela ne m’empêchait de discuter poliment.

    Il me sembla du reste, que le fait d’engager la conversation avait rendu Andréani-San un peu moins nerveuse que tout à l’heure. Cela ne l’empêchait pas pour autant de continuer à serrer fort contre elle toute sa paperasse, comme si elle avait peur d’en perdre rien qu‘un infime feuillet. Ses prunelles couleurs châtaignes laissaient entrevoir par intermittence une certaine lueur d’anxiété. Je crus que ce fut cela qui me poussa à continuer à dialoguer.

    « Tu es donc en quatrième année scientifique. Tu suis quels cours optionnels si je ne suis pas indiscret ? »

    Suite à la réponse de mon interlocutrice, nous parlâmes quelques minutes sans tout à fait prendre conscience du temps qui s’écoulait des cours que nous avions et surtout des penchants presque sadiques que certains de nos professeurs avaient aux égards des élèves les moins bons et les moins disciplinés de notre classe. Toutefois, n’ayant pas fait attention à la plupart d’entre eux, je ne pus que dire de ce que je pensais des cours en eux-mêmes.
    Une conversation qui n’était ainsi que peu intéressante et n’était vraiment fais que pour passer le temps plus rapidement.

    Un peu plus de cinq minutes plus tard, j’entendis l’échos de claquements contre le sol carrelé du corridor et comme au fur et à mesure ils se firent plus distincts, j‘en déduisis que le ou la propriétaire de ses bruyantes chaussures était en train de se diriger vers nous. Un instant plus tard, une femme mûre apparut dans l’embrasure de la porte, une tasse pleine d’un liquide fumant en main et avec un sourire aux lèvres, elle s’excusa auprès de nous pour l’attente.

    Je me levais immédiatement et après l’avoir saluer d’une courbette, je la regardais alors qu’elle s’installait à son bureau. Cheveux châtains attachés en chignon, elle avait des lunettes rectangulaires qui lui mangeaient la moitié de son visage, mais son sourire avait quelque chose d’apaisant. Elle était plus grande que Andréani-San mais semblait plus menue qu’elle, d’une certaine façon.

    La jeune femme, qui était sans nul doute l’infirmière, demanda alors la raison de notre venue à chacun de nous. Je ne voulais certainement pas demander mes somnifères alors que ma camarade était toujours là. Non pas parce que j’étais l’un de ses adolescents machos qui ne voulaient montrer ses faiblesses devant une fille. Je savais que cette requête allait solliciter une explication précise de mon état, de mes cauchemars et ce qui les déclenchaient, une chose que j’allais avoir beaucoup de mal à exprimer à l’infirmière, je ne voulais pas en plus d’une tierce personne dans la pièce.

    Ce fut donc la raison qui me poussa à me tourner vers la demoiselle à mes côtés et l’invitais à passer en premier.

    « A toi l’honneur, je ne suis pas pressé et ce n‘est rien d‘urgent. »

    J’ajoutais ensuite sur le ton de la plaisanterie, pour moi-même que cela était une manière de montrer que la galanterie n’était pas encore tout à fait une cause perdue. Tout comme me l’avait répété sans cesse ma mère quand j’étais plus jeune, ce n’était pas parce que quelque chose était rare de nos jours, qu’il ne fallait pas l’appliquer, bien au contraire…

    Pour prouver mes dires, je reculais de quelques pas jusqu’à aller à la petite table ronde près de la porte. Regardant sans vraiment les voir tous les prospectus qu‘il y avait, je sortis mon baladeur de ma poche, mis mes écouteurs et dès que j'appuyais sur lecture, je fus envahis par une musique bienfaitrice. De cette façon, la jeune fille aurait l’impression d’une certaine intimité avec l’infirmière et pourrait exposer son problème de santé sans faire attention à ma personne. Quel qu’il soit d‘ailleurs, je ne voulais pas le savoir…

____________________

Je ne fais que le penser.


Il y a un ange de trop dans le ciel...


Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Premier pas vers une vérité difficile à énoncer...   Mar 24 Jan - 0:06

Dans l’infirmerie, un tête-à-tête avait bien lieu mais pas celui auquel on s’attendait.
La jeune fille était bien là, dans cet espace qu’elle avait habilement évité depuis son entrée au pensionnat et qui plus est, était même en pleine conversation !
Mais il ne s’agissait pas d’un entretien médical avec l’infirmière mais une simple discussion avec un de ses camarades.
Ruka avait brisé la glace en lui demandant sous le coup de la curiosité, dans quel livre il était plongé tout en cachant évidemment son dossier contre sa poitrine.
Celui-ci après avoir glissé un marque-page, il lui révéla le nom du roman qui interpella la demoiselle.
Pas qu’elle l’avait déjà lu, ni même que son auteur lui rappelle quelque chose, mais son titre la secoua.
L’Appel de l’ange.
Une foule d’émotion l’assaillit à l’évocation d’un tel titre…
Son cœur se comprima dans sa poitrine en proie à une vague de tristesse tandis que son regard se pencha vers le livre en question.
Ce titre avait trouvé une résonnance au fond de son cœur, il faut bien le dire. Il l’a renvoyé il y a deux ans en arrière, alors qu’elle était encore en sursis, en attente de greffe.
Son sac sur l’épaule, contenant son matériel de photographie, Ruka était montée en haut d’une tour pour observer la ville sous les derniers rayons du soleil qui conférait une vue des plus splendides pour l’artiste qu’elle était. La teinte ocre-orangée tombait doucement sur les bâtisses et les arbres, leur donnant des reflets des plus éclatants et variées, sans oublier les ombres qui accompagnaient inévitablement la lumière. Une ambiance haute en couleurs qui plaisait beaucoup à la canadienne.
Son appareil en main, elle tentait d’immortaliser ces instants pour la simple beauté de la nature sur la civilisation. Même si l’homme tentait de tout contrôler et de créer, rien ne sera plus magique et majestueux que le spectacle de la vie.
Une vie d’ailleurs pouvait tout bouleverser, même le destin…
Un simple appel changea son existence à jamais.
Son appareil crépitait, tandis que la jeune fille saisissait les différentes prises de vues qui l’intéressait et alors que le calme régnait depuis un moment voici que la sonnerie de son téléphone troubla ce silence. Excédée d’être dérangée ainsi, Ruka avait décroché impatiente et de mauvaise humeur, c’est alors qu’elle entendit des sanglots étouffés puis la voix de sa mère.
L’adolescente s’était figée craignant le pire mais très vite celle-ci la rassura et même plus, lui annonça qu’elle était sauvée ! Ruka ne comprit pas, même lorsque sa mère lui dit qu’un cœur était disponible, que l’attente était finie, elle ne saisissait pas. Puis tout alla très vite ensuite...
Ce coup de fil de sa mère, celui que celle-ci avait reçu de l’hôpital était une bénédiction tout simplement c’était l’appel d’un ange.

Ses souvenirs la secouèrent mais rapidement, elle revient au présent tandis que ses prunelles étaient encore posées sur le roman en question puis remontèrent sur les yeux marron noir de son camarade où une lueur apparut pour aussi vite disparaître.

C’est après que leurs regards se sont croisés que la jeune fille se présenta, ce que fit à son tour, Sakyua donc, puis avec honnêteté, il lui avoua qu’il ne se souvenait pas d’elle et encore moins de son nom.
L’adolescente haussa les épaules un sourire aux lèvres, se moquant de cette révélation mais elle ne put s’empêcher d’ajouter :

« C’est vrai que tu m’as l’air plus souvent perdu dans tes pensées que parmi nous » lui dit-elle sur un ton amusé.

En effet, il arrivait souvent d’entendre un professeur interroger Sakuya car il semblait ailleurs, et même lorsque les prunelles de la jeune fille croisaient son camarade, celui-ci avait le nez plongé dans le manuel ou le regard en direction de la fenêtre.
Jamais il n’était entouré d’amis, ou même en compagnie des autres élèves de la classe, préférant la solitude. Le jeune homme ne semblait pas timide mais plutôt réservé…
A cet instant, ensemble, les deux adolescents pourtant parlèrent, mais bien-sûr de sujets banals, des cours difficiles d’autres plus aisés, de leur différents professeurs et de leurs manies.
Toujours calme et concentrée dans leur conversation, elle lui apprit alors qu’elle avait choisi biologie en spécialité. Quand on savait sa soif de connaissance en ce qui concerne la vie, le fonctionnement du corps humain et de la nature, cela n’avait rien d’étonnant.
Puis Ruka lui retourna la question et lui demandant les raisons de ce choix tout en ponctuant d’un « oh non cela n’a rien d’indiscret, ne t’inquiète pas ».

Ce qui avait d’indiscret était contenu là dans ce dossier serré tout contre elle et rien d’autres…

Assez enthousiasmée par ce dialogue, l’étudiante n’entendit pas arrivée l’infirmière et ce n’est que lorsqu’elle s’approcha d’eux qu’elle se rendit compte de sa présence ! Surprise, elle n’eut le temps que de hocher sa tête tout en la fixant entre étonnement et une pointe d’appréhension qui se traduisit par un visage quelque peu crispé.
Elle découvrit alors le visage d’une femme d’une trentaine d’année, aux cheveux attachés en chignon tandis que ses lunettes cachées ses yeux. Elle dégageait une certaine assurance mais son regard bleu était doux. Ainsi c’est donc à cette femme qu’elle devrait livrer son secret… Son fardeau…
Mais celle-ci ne fit pas attention de la manière dont Ruka la scrutait, et s’excusa pour son absence tandis qu’elle se glissa derrière son bureau, après avoir posé un petit sac sur la table et une tasse.

La jeune fille tourna son regard marron vers son vis-à-vis, voulant voir sa réaction mais celui-ci ne montrait aucune trace de nervosité. Il faut dire que de son côté, hormis ses sourcils légèrement froncés et le fait qu’elle soit de nouveau droite sur son siège, rien ne transparaissait de son appréhension.
Puis ses prunelles revinrent vers la future détentrice de son secret qui avait un sourire aux lèvres et d’un ton calme leur demanda les raisons de leur présence.
Avant même qu’elle n’ouvre la bouche pour lui suggérer par exemple qu’elle reviendrait plus tard, voilà que Sakuya proposa gentiment mais de façon des plus claires qu’il la laisse passer avant :

« A toi l’honneur, je ne suis pas pressé et ce n‘est rien d‘urgent. »

A ces mots, Ruka tourna vivement son visage en sa direction, le foudroyant littéralement du regard. Ses prunelles étaient fixées sur celles sombres de son voisin, tandis qu’elle se pinça les lèvres.

Comme si elle était pressée ! Comme si ce futur tête à tête l’enchantait ! Comme si l’idée de lui « refourguer » ce dossier la charmait.
Tous deux devaient avoir des plaies de l’âme, vu qu’aucun des deux ne présentait de blessures corporelles…

Puis sans s’attarder davantage, le jeune homme s’éloigna tandis que la canadienne le suivit du regard, se retournant à moitié, et le vit s’appuyer contre le mur près de la porte, après avoir glissé ses écouteurs aux oreilles. Alors qu’elle était quasiment de dos à l’infirmière, elle ferma les yeux, prit une grande inspiration puis fit face à son destin ou plutôt son devoir hum d’information ?
Ruka très digne, observa la jeune femme quelques instants qui, les mains à plat sur son bureau attendait sûrement qu’elle commence son énumération de possibles douleurs et symptômes mais ce ne fut pas le cas, loin de là…

Son regard dans celui de l’infirmière :

Je devais vous remettre ceci lui dit-elle tout en tendant son dossier à son interlocutrice.

Puis sans un mot, elle se leva, saisit sa veste et son sac au sol et prit la direction de la porte, ne voulant rester une minute de plus en ces lieux.
Mais avant de franchir la porte, elle s’arrêta près de Sakuya et avec délicatesse, elle lui retira un de ses écouteurs, elle lui annonça :

« C’est à ton tour à présent »

Là non plus, sans attendre la réaction du jeune homme, elle sortit sans un regard en arrière et sans même laisser à l’infirmière le temps de lui dire autre chose qu’un « Mais Andréa… », mais cela n’arrêta guère la demoiselle.

La voici maintenant dans le couloir après avoir fermée la porte derrière elle, et là un profond soupir s’échappa de ses lèvres.
Elle avait comme manqué d’air dans cette pièce, étouffée par ce passé qu’elle voulait garder enfermer au fond de son cœur, enfin le sien désormais…

D’un pas dynamique, elle traversa le couloir tandis que ses pensées étaient loin d’ici…
Pourquoi fallait-il qu’elle délivre son secret et surtout à une parfaite étrangère ? Pourquoi fallait-il qu’elle doive livrer sa vie privée… Est-ce normal qu’elle doive parler d’une chose si… intime alors qu’elle ne connaissait pas l’autre?
Mais quand il s’agissait d’une question de vie ou de mort, quelle importance avait donc la pudeur et la réserve ?

Ses talons résonnaient dans les couloirs déserts d’élèves qui se trouvaient évidemment à la cantine à cette heure-ci comme Naomi et ses autres copines.
Pourtant elle ne pouvait les rejoindre. En effet, elle leur avait dit qu’elle mangeait avec sa mère après un détour par l’infirmerie pour des papiers…
Pour ne pas détruire sa couverture, la demoiselle avait déjà prévu le lieu où elle irait prendre son repas mais avant cela, elle devait récupérer son bentô. Très rapidement, elle gagna le hall puis se dirigeant vers les casiers et après avoir glissé sa clef dans sa serrure, elle l’ouvrit et sans perdre de temps, saisit sa boîte contenant son repas sans s’attarder sur les livres ordonnés mais où elle ne put s’empêcher de jeter un œil sur les photos accrochées à l’intérieur de la porte où on pouvait la voir en Italie en compagnie de Célia et de Edouardo… Un sourire nostalgique se dessina sur ses lèvres…
Qu’est-ce qu’ils pouvaient lui manquer…
La joie pétillante de son amie, le calme et l’assurance de l’autre…
Elle ferma les yeux et referma son casier, réinstalla son cadenas et repartit en direction des dortoirs.
Elle gravit les escaliers rapidement puis sans s’arrêter, elle continua son ascension vers le toit.

Et oui, il s’agissait de son endroit calme préféré ! Loin du regard des autres, où la solitude est la compagnie que l’on peut trouver. Elle fit quelques pas tenant toujours son sac en bandoulière puis une certaine sérénité s’empara d’elle.
Ruka s’approcha quelque peu du bord pour admirer le parc environnant le pensionnat, alors que le soleil était à son zénith. Ses prunelles de photographe ne purent qu’admirer ce paysage aux reflets dorés…
Elle posa son sac mais au lieu d’en sortir son bentô, elle prit son appareil photo et fit quelques prises sous différents angles, selon un réglage spécifique, zoomant par moment pour saisir un détail insignifiant pour d’autre mais intéressant pour elle…
Ce n’est qu’en attendant des rires dans les jardins provenant d’étudiants qu’elle se rendit compte qu’elle devait déjeuner avant que l’heure de la reprise retentisse.
Ruka s’assit le dos appuyé contre le mur, à droite de la porte menant aux escaliers, puis elle sortit son repas et une bouteille d’eau et commença son déjeuner sous ce cadre idyllique…

Calme, sérénité et vue sublime, que rêver de mieux pour un déjeuner tranquille en solitaire ?

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MessageSujet: Re: Premier pas vers une vérité difficile à énoncer...   Mer 22 Fév - 0:19


    Chacun réagit différemment à l’écoute d’une chanson. Il y a les personnes appréciant les paroles et celles émues par la mélodie ou la voix du chanteur. Certaines se sentent plus réconfortées, apaisées par la musique dans son ensemble et d’autres ne remarquent même pas cette forme de beauté…
    Pour ma part, elle avait quelque chose de presque magique. Elle était l’unique moyen de me remémorer des souvenirs heureux que j‘avais de ma meilleure amie. C‘était étrangement des flashs qui me revenaient d’elle alors qu’elle était en train de rire, qu’elle écrivait en cours ou simplement quand elle regardait la télévision dans la canapé du salon… Ces images avaient toujours une relation avec le thème de la chanson et le message que son auteur voulait transmettre et pourtant, elles n’étaient jamais accompagnées de culpabilités, de souffrance venant attrister et troubler ces agréables instants de bonheur passé. Enfin…
    Il eut bien un événement perturbateur, mais il vint du monde extérieur, chose à laquelle je ne m’attendais absolument pas et qui se trahit par une lueur de surprise passant dans mon regard sombre.

    Je m’étais rapidement détourné de la demoiselle pour me mettre à l’écart et la laisser un minimum seule avec l’infirmière. Ainsi, je n’avais pas aperçu ses prunelles noisettes me fusiller. Si elles avaient été deux armes, j’aurai été mort avant même d’avoir pu m’en être rendu compte. Aurais-je pu prévoir ce qu’elle allait faire si j’avais remarqué son regard noir ?
    Pour beaucoup les yeux sont le miroir de l’âme. Ils reflètent nos peurs, nos blessures, mais également nos joies et nos amusements. Pourtant, l’Homme ne peut y lire les intentions d’autrui en les contemplant, même indéfiniment. Les pensées sont un ensemble de choses inaccessibles pour tout le monde, même pour leurs propres auteurs, alors comment un être doué d’intelligence comme l’être humain pourrait se croire dans la capacité de déchiffrer le dessein d’un de ses semblables en croisant seulement ses iris ?
    Un seul mot : Vanité !

    J’avais fermé les yeux sans avoir conscience et au moment même où sa main me toucha, je sursautais presque, par ce contact soudain. J’arrêtais ma musique tout baissant légèrement la tête vers elle pour savoir ce qu’elle me voulait. A cet instant, nos regards se croisèrent, comme quand les deux protagonistes d’un film à l’eau de rose se rencontraient pour la première fois - film que ma mère visionnait tous les samedis après-midi - et… Il ne se passa absolument rien. Le temps ne se suspendit pas et je ne fus pas frappé par un coup de foudre soudain pour ma camarade.

    Elle partit ensuite sans se retourner et d‘un pas énergique. Je ne compris pas vraiment ce qu’il y avait pu se passer en quelques minutes entre elle et l’infirmière, mais cette dernière l’interpela comme pour essayer de la retenir. Pour appuyer son appel, elle s’était même levée de son fauteuil, sans résultat.
    Avait-elle posé la question de trop ?
    Je suivis un instant des yeux l’adolescente et ne pus m’empêcher d’avoir l’impression qu’elle fuyait quelque chose. Si c’était de mauvais événements du passé, elle pouvait toujours tenter sa chance, c’était vain de soupçonner qu’ils abandonneraient. J’étais bien placé pour le savoir, jamais ils laissaient une personne vivre en paix…

    Je secouais la tête et allais m’assoir sur la chaise où Andréani-San était une seconde plutôt, un peu crispé. L’infirmière se réinstalla derrière son bureau et me sourit avec douceur. J’étais stressé et même le plus délicat des sourires ne pouvait apaiser la crainte que j’avais au fond de mon cœur. Je savais que ce n’était plus qu’une question de minutes avant de devoir parler d’elle et j’avais peur d’être submergé par toute la souffrance qui m’accompagnait depuis sa disparition.
    Depuis deux ans à présent, j’avais toujours réussi à ne pas être le porte-parole de cette tragédie, ma mère l’avait fait à ma place, remplacé ensuite par mon dossier médical. Mais aujourd’hui, la première option n’était pas avec moi et la seconde n’avait pas encore été envoyé par mon médecin traitant… J’allais donc devoir donner les informations nécessaires par moi-même. Je tapais du pied d’ailleurs, seul signe qui indiquait dans quel état j’étais et que je savais que l’aide-soignante l’avait discerné. J’eus un instant de répit tout de même car elle me demanda si je pourrais remettre un papier à Andréani-San.

    « Etant dans sa classe, tu la croiseras avant moi. » Elle but une gorgé de son café avant d’aborder le sujet qui me angoissait. « Bien. Pourquoi voulais-tu me voir ? »

    J’acquiesçais d’un hochement de tête et pris le prétexte qu’elle venait de me donner pour grappiller une minute. Je pris mon sac et l’ouvris pour y glisser entre deux cahiers, la feuille que je venais de prendre. Je relevais la tête ensuite et tout en posant mon sac à terre, j’observais l’infirmière.

    Un long frisson me traversa tout le long de la colonne vertébrale et sentant que mes mains commençaient à trembler, je les dissimulais dans mes poches. Je déglutis difficilement et ouvris la bouche pour m’exprimer, mais aucun son ne franchit mes lèvres. Pour éviter qu’elle ne lit dans mes yeux, la panique que je ressentais, je me levais et fis quelques pas. Je soupirais et prenant mon courage à deux mains, dis succinctement d’un ton légèrement plus grave que d’habitude :

    « J’aurai besoin de somnifères pour ne plus avoir de problèmes avec mes cauchemars. »

    Je saisis à l’étonnement qu’exprimait son visage que mon interlocutrice n’avait pas comprit grand-chose à mes propos. Avec difficultés, je lui expliquais ce qui s’était passé et elle me posa doucement deux, trois questions pour mieux concevoir ce que je vivais. La dernière me demanda une minute avant de pouvoir répondre. Tout en continuant de faire des allées et venues entre le pupitre et le lavabo, je formulais le fait dont j’étais encore révolté.

    « Elle est… Nam ne… » Je m’arrêtais de marcher et tout en passant une main sur mon visage, je la regardais. « Elle n’a pas survécu et c’est-ce que je vois dans mes rêves… »

    Trois minutes plus tard, avec une colère et une souffrance sans nom dans le cœur, je sortis de la pièce la veste sur le dos et mon sac tenu par la hanse, avec des somnifères dans la poche du devant. J’avais également de la paperasse à remplir puisque l’aide soignante m’avait précisé qu’elle allait prévenir la psychologue. Il fallait donc que je remplisse un dossier qui lui serait transmit avant notre premier rendez-vous pour voir à quel point mes cauchemars et mes insomnies étaient des symptômes de mon refoulement de la réalité, voire même d’une possible dépression. Qu’est-ce qui ne fallait pas entendre !?

    L’appétit coupé après ce qui venait de se passer, je traversais avec rapidité le campus pour aller directement là où je savais que personne ne serait susceptible de me trouver. Je pénétrais dans la pièce commune des deux dortoirs contigus et je montais les escaliers les plus proches avec un dynamisme qui n’était pas habituel. Dès que j’aperçus la porte qui permettait d’accéder au toit, je serrais les dents…

    J’ouvris le passage d’un coup de pieds rageur et me croyant seul, je laissais éclater ce que je ressentais. Dès que je fus à l’air libre, je fis voler mon sac jusqu’au muret tout en poussant un cri bref où la douleur, la culpabilité et l’injustice se mêlaient. Je réagis ensuite sur un coup de tête et envoyais de nouveau un coup de pieds dans la porte qui se referma dans un grand « Blam ! »

    Je passais ma main dans les cheveux ensuite et en inspirant à fond, j‘allais jusqu‘au muret où mon sac avait atterri et m‘y appuyais. Je fermais les yeux et pris le temps pour me calmer et refouler toutes mes émotions. Je ne sais combien de temps je restais comme ça, mais à un moment donné, je perçus un mouvement qui attira mon attention. Je me retournais et me retrouvais nez-à-nez avec la jeune fille de l'infirmerie, Andréani-San alors qu'il y avait encore une demi-heure, je ne connaissais même pas son existence. Étrange...
    Était-elle là depuis longtemps ? Vu la tête qu'elle faisait, la réponse ne pouvait être que positive.

    Je me rendis compte alors, que je venais de me donner en spectacle et au départ, je me sentis embarrassé sans que cela ne se remarque vraiment. Je passais simplement ma main au niveau de mon cou, comme pour alléger un certain sentiment d’étouffement. J’allais lui demander d’oublier ce qu’elle venait de voir mais, au même moment, je pensais que ce n’était peut-être pas une si mauvaise chose que cela. J’avais eu un accès de sentiments négatifs devant une adolescente qui était dans ma classe. Grâce à cela, j’avais une chance de ne plus être approché et de continuer à vivre à l’écart des autres, tout le temps qu'il me restait pour finir mes études. Ainsi, je n’aurais plus peur de me lier à une personne quelle qu’elle soit et de croire qu’un jour ou l’autre, elle me sera enlever.
    Rien qu’à la possibilité que cette idée puisse être un fait, je me sentais déjà un peu soulager.

    Je continuais tout de même d’être gêné de m’être dévoilé devant une quasi-inconnu et même, je ressentais un certain malaise de savoir qu’Andréani-San avait pu entre-apercevoir une partie infime de ce que je cachais derrière mon visage inexpressif. Je refoulais une nouvelle fois mes émotions et raclais la gorge. Je lui fis mes excuses, platement et sans transition aucune je continuais, sans penser que cela pouvait avoir un quelconque impact sur la jeune fille.

    « Tu es partie tout à l’heure sans que l’aide-soignante ne puisse te donner de la paperasse. Elle m’a demandé de te la passer. »

    Je repris mon pauvre sac que j’avais martyrisé sans qu’il ne m’ait rien fait et je fis glisser la fermeture éclaire. Je vis alors le dossier que l’infirmière m’avait donné et sur une impulsion, je le sortis ainsi que ma trousse et les posais au sol, à mes côtés. Je revins alors sur ce que je voulais faire et dans un calme qui n'était qu'apparent, je me relevais tenant la feuille pour la jeune fille. J'allais vers elle, m'accroupis et la lui tendis sans rien dire.

    Alors que je revenais vers mon sac, je m’aperçus qu’une brise éphémère s’était levée et je me postais un instant en face du soleil. Elle en profita pour jouer avec mes cheveux, dévoilant mes sombres prunelles tristes. Les mains dans les poches de mon jean, sans bouger, je contemplais la vie qui se déroulait devant moi. Si Nam avait été là, elle se serait perchée sur le muret et dans un rire communicatif, elle m’aurait décrit avec exagération ce qu’elle voyait et en inventant des situations plus loufoques les unes que les autres, aux passants. Elle serait revenue ensuite vers moi et avec sa bouille innocente, m’aurait demander de les écrire. Bien sûr, je l’aurais fait avec un sourire en sachant pertinemment qu’elle allait simplement les archiver dans un de ses nombreux classeurs pour ne plus les sortir, après.

    Le sourire que j’aurai pu avoir si cette scène s’était réellement passée, se dessina sur mes lèvres. Il était tout de même teinté du manque que j’avais de sa présence. Entendant presque sa voix me sermonner, je me retournais vers Andréani-San. Cette fois-ci, doucement et avec sincérité, je lui dis.

    « Encore pardon d’avoir troublé ta solitude… »

    J’allais de nouveau près de mon sac. Je me baissais une seconde le temps de prendre mes ciseaux et les quelques feuillets que je devais remplir. Je lis les premières lignes tout en débutant les premiers coups. Peu à peu, de petits morceaux de papier s’éparpillèrent grâce au vent. Les paroles de l'infirmière résonnaient dans ma tête à chaque découpage que je faisais et ma raison savait bien qu’elle avait raison. La psychologue pouvait m’aider à trouver un semblant de compréhension à son départ. Pourtant, c’était toujours la même réponse qui me venait à l’esprit. La réponse de mon cœur et que la jeune femme n‘avait pu contredire, à mon plus grand désarroi.

    La présence d’Andréani-San était tellement discrète, qu’une fois encore je me sentis comme seul et ce fut dans une demi-conscience et sans le vouloir que je répétais à voix haute, ce que je lui avais répondue.

    « Elle est morte et rien ne pourra changer ça… »

____________________

Je ne fais que le penser.


Il y a un ange de trop dans le ciel...


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MessageSujet: Re: Premier pas vers une vérité difficile à énoncer...   Mar 13 Mar - 21:09

Sur le toit, alors qu’un léger vent soufflé, une jeune fille terminait son bentô, adossée au mur, tandis que son esprit était focalisé sur les photos qu’elle avait prise auparavant.
Ruka se remémorait les images qu’elle avait saisies et pensait déjà aux retouches possibles, comme assombrir certaines zones pour faire ressortir les éléments qui l’intéresser ou bien flouter ce qui n’avait d’intérêt.
La jeune fille était impatiente de voir le résultat et de pouvoir remanier ses photographies !
Perdue dans ses réflexions, la demoiselle fut vite ramenée à la réalité lorsque la porte qui menée au toit, vola contre le mur dans un bruit fracassant !
L’étudiante eut un sursaut de surprise, qui lui fit tomber les aliments de ses baguettes.

Qui pouvait…
Elle n’eut pas le temps d’aller plus loin dans sa réflexion qu’un sac vola littéralement contre le muret ! Un peu plus et il aurait rejoint le parc ! Ruka battit des paupières tout en observant le spectacle qui se déroulait sous ses yeux alors qu’un cri retentit !
Qui pouvait être dans une telle colère ? se demanda la demoiselle qui, en voyant celui qui venait de pénétrer sur les lieux, resta stupéfaite.
S’agissait-il bien de… Akiwara-San ?!

La canadienne était plus que surprise d’une part par son arrivée mais surtout par son attitude si brutale !
Lui qui ne montrait habituellement qu’un visage impassible, était si calme et réservé venait à l’instant de balayer cette image si lisse pour montrer des émotions, même si ceux qui apparaissaient à cet instant était plutôt de colère ou peut-être exprimaient-ils tout simplement un ras le bol ?
Les prunelles marron de Ruka suivirent le jeune homme, qui se passa une main dans sa chevelure sombre tandis qu’il se dirigea vers le muret, pour ensuite s’y appuyer.

Comme depuis l’instant où il fit irruption sur le toit, la jeune fille, toujours aussi discrète, continuait d’observer silencieusement Sakuya, même si il lui tournait le dos.

Décidemment contrairement à ce que l’on pouvait croire, le jeune homme était d’assez haute taille malgré la posture qu’il adoptait à cet instant. Il faut dire qu’il est du genre à passer inaperçu, à se fondre dans la masse et pourtant avec sa stature, ses épaules, cela semblait difficile.
Comment pouvait-on ne pas le remarquer ? Pourquoi cette tendance à l’oublier alors qu’il est agréable à regarder ? Son silence, ses monosyllabes, son isolement volontaire avaient à merveille repoussé d’éventuels camarades auprès de Sakuya…

Elle était intriguée par ce garçon qui ne montrait aucune émotion à l’accoutumée, à la limite froid et qui, pourtant sous ses yeux, avait à l’instant, prouvé que cela n’était qu’une façade et que, comme tout un chacun, il éprouvait et était sous le coup de ses humeurs.

La jeune fille voulut ranger ses affaires et notamment son bentô avant d’aller lui parler ou même de partir (enfin cela était peu probable connaissant le tempérament curieux de la demoiselle ^^).
Seulement au moment où elle glissa son bentô dans son sac, le couvercle mal refermé, tomba au sol dans un léger bruit qui pouvait paraître fracassant quand un tel silence régnait dans les lieux...
Pour ce qui était de rester dans l’ombre et passer incognito, cela était raté…

Les regards des deux adolescents se croisèrent durant quelques secondes puis Saku glissa sa main dans son cou visiblement gêné et très vite s’excusa.
S’excuser de ?
Ruka ne savait pas à quel sujet il faisait référence. D’avoir débarqué de manière si abrupte peut-être?
Si c’était de cela, elle n’avait rien à lui excuser, elle-même voyait le toit comme un défouloir, une source de liberté.
La différence était juste dans la façon d’en jouir : la jeune photographe admirait et saisissait le décor, la beauté de la nature, comme si elle était en harmonie avec elle, alors que sur ce toit, son camarade préférait exploser son armure de glace, libérant ses émotions de ce carcan qu’il s’était lui-même enfilé au quotidien…

Puis avant même que Ruka ne puisse lui dire qu’il n’avait pas à s’excuser de quoi que ce soit, celui-ci lui annonça que l’infirmière lui avait demandé de lui remettre des documents !
La jeune fille leva instinctivement un sourcil de surprise.
Encore de la paperasse ? Mais la canadienne avait tout donné à l’infirmière, alors de quel « papier » voulait-elle parler ? Son dossier était des plus complets ! Il était l’exacte copie COMPLETE de l’original, ce qui était très volumineux, alors que voulait-elle de plus, qui avait-il à ajouter ?
Quand est-ce qu’on la laisserait tranquille avec son passé médical ? Que ce sujet passerait aux affaires classées ? Ah oui, jamais… pensa une Ruka des plus pensives.

Perdue dans ses idées, le regard dans le vide, elle ne vit pas les faits et gestes de son camarade et sortit de son état second lorsqu’elle sentit la présence de Sakuya juste en face d’elle, accroupi lui tendant une enveloppe.
La canadienne le remercia d’un signe de tête, et se saisit de ce maudit courrier tandis que son vis à vis repartit en direction du muret. Durant ce temps, Ruka découvrit la teneur du message.
Il s’agissait simplement d’un rendez-vous fixé dans deux jours pour qu’elles puissent en « parler » et pourquoi pas voir Bellucci-Sama, la psychologue de Matsue.
Les mots écrits ne suffisaient-ils donc pas pour l’infirmière ? Il lui fallait en plus qu’elles en discutent ! Mais cela, il en était hors de question ! Cela concernait sa vie privée, cela était déjà une chose qu’elle lui donne son dossier, même si au fond, elle savait qu’elle n’avait pas le choix…
La colère s’insinua dans ses veines, c’est pourquoi l’étudiante préféra prêter son attention sur le jeune homme tandis qu’elle fourra le billet dans le fond de son sac, loin de ses yeux et, elle l’espérait, de son esprit…

Et contrairement à ce qu’elle croyait, Sakuya se tenait de profil devant elle, contemplant le paysage, les mains au fond de ses poches de son jean, visiblement perdu dans ses pensées, tandis que le vent dégagea quelques mèches sombres de son visage, dévoilant au passage ses prunelles noires tout cela sous les rayons du soleil.
Le voir ainsi dans ce cadre, donner une folle envie à Ruka de le photographier, de capturer cette scène dans son appareil, de le figer sur papier, de capter ce regard triste, de la brise jouant avec sa chevelure…
Le jeune homme dégageait quelque chose qui attirait l’œil de l’artiste qu’elle était. Ou bien est-cette aura qui émanait de lui, cette tristesse permanente dans les yeux ?
Elle-même ne saurait le dire puis il faut dire qu’elle ne se posait pas la question, suivant simplement son instinct…
Et soudain un timide sourire apparut sur le visage de Sakuya !
C’était bien la première fois qu’elle le voyait sourire et cela avait vraiment quelque chose de touchant.
A cet instant, Ruka ne pouvait enregistrer l’image que dans sa tête, mémoriser cette scène, ce jeune homme au milieu de ce décor idéal, avec ce sourire des plus tendres. Un instant plein de sincérité si rare que les artistes les recherchaient tant, en oubliant parfois la spontanéité…

Alors qu’elle continuait à l’observer, voilà que Sakuya se tourna vers elle et s’excusa d’avoir « troublé sa solitude » avant de se rapprocher de son sac, pour se saisir d’un amas de feuilles avant de les découper !
L’étudiante l’observa perplexe, un sourcil froncé, se demandant ce qu’il réduisait ainsi en miettes !
Le papier ainsi réduit, virevolta au grès du vent, comme les pétales de cerisiers au printemps.
Le regard marron de la demoiselle suivit leurs trajets jusqu’à ce qu’elle entende les mots et resta stupéfaite par cette révélation et tourna ses prunelles vers lui.

Ainsi donc cette tristesse permanente dans ses iris… Son isolement… Cette aura de douleur…
Tout cela était la conséquence de « cette absence », de cette perte.
Ces confidences avaient comme changé le regard qu’avait Ruka sur l’adolescent.
Maintenant, elle avait comme l’impression qu’elle possédait certaines clefs pour mieux comprendre son camarade.
Même si évidemment, la jeune fille ne pouvait concevoir les émotions qui le bouleversaient, la douleur qui l’étreignait.
Au vu de ses prunelles, de ces dires et le ton qu’il avait employé, cette personne devait lui être cher…
Un proche à ne pas douter…

Sans bruit, Ruka se leva et alla se poster à ses côtés et hésitait quant à ce qu’elle devait faire.
Devait-elle se taire et simplement l’écouter ? Enfin, s’il reparlait bien sûr…
De longues minutes s’écoulèrent sans qu’une parole ne trouble ce silence pesant. Le vent vint s’amuser avec les longs cheveux blonds de la demoiselle et d’un geste rapide, elle remit une de ses mèches derrière l’oreille et ne suivant que son instinct, elle lui dit d’une voix douce :

« Elle devait être importante pour toi… » tout en le fixant.

Il n’y avait aucune pitié, elle faisait simplement un terrible constat...
Appuyés sur le muret, Ruka observa le parc et pensa :
*Si le destin n’avait pas tourné en ma faveur, je serais…*

Un frisson d’horreur la parcourut.
Non, décidemment, elle ne pouvait imaginer…
Le destin peut vraiment être cruel. Et tellement illogique ! N’est-ce pas elle en effet qui aurait dû… partir au lieu de cette inconnue qui avait un coeur en parfaite santé ? Elle qui aurait dû… succomber ? Ses parents qui auraient dû perdre leur enfant et pas sa donneuse ?
Ruka eut un douloureux pincement au cœur, c’est le cas de le dire et voulut stopper ses sombres idées pour penser à autre chose.
Elle se redressa, posa ses mains sur le muret tandis qu’elle fixa alors son attention sur cette nature sous ses yeux, là devant elle comme l’avenir qui s’offrait à elle désormais. La vie tout simplement. Et ce bonheur, la jeune fille devait en profiter, parce qu’elle avait failli en être privée et rien que pour cette chance qu’on lui avait offerte, elle se devait d’être heureuse. Et vivre.

Un court silence fila entre les deux adolescents et d’une voix plus sûre, ses yeux posés sur le visage de Sakuya, elle lui fit le même constat que lorsqu’elle pensait à l’inconnue disparue :

Mais toi, tu es là… lui dit-elle d’une voix calme et posée, son regard cherchant le sien.

Ruka avait été en sursis, maintenant elle devait profiter de la vie et ne plus rester sur le bord de la route à observer. Même si la vie devait s’annoncer difficile pour le jeune homme, elle voulait lui faire comprendre d’une certaine manière qu’il ne pouvait rester prostré ainsi… Elle ne tentait nullement de minimiser sa peine. Lui faire comprendre que cette personne est peut être morte mais pas lui….

____________________



Deux souffrances, deux douleurs... un même amour.
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MessageSujet: Re: Premier pas vers une vérité difficile à énoncer...   Mer 11 Avr - 10:25

    Musique d'ambiance Elle va te plaire Razz

    La mort est irrémédiable. C’est une chose naturelle et pourtant abstraite puisque personne ne peut la définir réellement. Scientifiquement, il n’y a pas d’acte instantané de « la mort » mais plus exactement un processus « du mourir. » Philosophiquement, la mort est un simple état matériel et/ou spirituel, la fin du cycle de « la vie » signifiant ainsi le commencement d’un autre. Mais lequel ? Cette question incarne à elle seule, la peur que les êtres humains ont de la mort. Dans leur esprit et de part leur nature « consciente, » elle est le constat des limites de leurs savoirs et de leurs corps.
    Aucun individu ne sait quand, où, comment il va terminer sa vie et tous redoutent cette fin… Sauf moi.
    Je suis l’exception à cette règle.

    Je ne suis pas effrayé par la mort, je l‘attends. Comme tout le monde, je ne peux dire quand elle viendra pour ma personne, mais j’espère que cela arrivera le plus rapidement possible. Je pourrais ainsi la retrouver, être de nouveau à ses côtés. J’ai été séparé d’elle il y a deux ans, après plus de quinze ans où nous avons toujours été ensembles.
    Nam était la représentation de la joie et de l’amour à mes yeux. Elle avait toujours une énergie, une imagination intarissable, avait toujours un mot gentil pour chacun. Il ne fallait pas s’attaquer à ses proches, elle se transformait alors en une guerrière... Nous nous appelions « frère et sœur de cœur » et pour nous rien ne pouvait nous séparer.

    Depuis sa disparition, je ne suis qu’une douleur inexprimable, une colère et une culpabilité. Sa présence, son rire, sa façon de tenir son stylo… Tout geste anodin qu’une personne peut faire dans une journée sans même s’en rendre compte, est susceptible d’augmenter ma souffrance en me rappelant qu’elle est partie.
    La colère prend le dessus contre cette fatalité. Les questions se répètent encore et encore dans ma tête, l'envahissent sans qu’aucune réponse n’arrive jamais… Les sombres pensées que j’ai, continuent de tourner jusqu’à ce que j’en vienne à me poser le pourquoi que je déteste tant.
    Le fait d’être en vie, d’avoir encore du temps devant moi alors que je n’avais jamais pu apporter le quart de bonheur que Manami parvenait à donner, rien que par sa seule présence, je culpabilisais. Oui, je culpabilisais de ne pas pouvoir profiter de la vie à sa manière, de la respirer. Pourtant, j’en lui avais fais la promesse.

    Aujourd’hui, je n’existais que pour la faire survivre encore un peu…

    Le découpage des feuillets se poursuivait et à chaque coup de ciseau que je faisais, quelques bouts de papiers imprimés s’éparpillaient sur le toit. Le vent les emportait, cessait son amusement un instant, pour le reprendre ensuite, avec un peu plus de force jusqu’à les emmener jusqu’au muret… Le dernier rempart qui les protégeait de la mort.

    Mes prunelles fixaient avec attention la lame du ciseau entaillant avec netteté ces fines pages alors que mon esprit s’était évadé. Je n’eus même pas conscience de la présence de ma camarade de classe à mes côtés. Je l’avais oubliée, tellement, que je ne m’étais même pas rendu compte que j’avais énoncé à voix haute, le fait le plus important et le plus douloureux de mon existence, devant elle.
    Ce ne fut que quand Andréani-San s’adressa à moi une première fois que je pus retrouver mes esprits. Progressivement, la réalité reprit ses droits et je clignais plusieurs fois des paupières, rapidement, pour effacer l’état obscur dans lequel je me trouvais.

    Une mèche de ses longs cheveux blonds m’effleura le bras, mon regard se tourna presque immédiatement à ce toucher, sur celui-ci. Le son de sa voix douce m’atteignit et je m’arrêtais dans ma tâche à peine débutée. Toujours en tenant mes effets dans les mains, je relevais les yeux vers elle. Pendant une seconde, je ne saisis pas le sens de sa phrase, essayant de déchiffrer ce que ses iris noisettes au soleil cachaient comme intention.
    Un éclair de compréhension traversa mon regard après plusieurs secondes. J'eus une certaine hébétude face à ce manque de discernement de ma part. J’en étais stupéfait d’assimiler que j’avais pu prononcer ce constat à intelligible voix. Au fur et à mesure que je mesurais l’ampleur du désastre que je venais moi-même d’engendrer, j’eus un certain affolement. Rien que d’imaginer les gens de ma classe en parler entre eux, que certains avides d’en savoir d’avantage sur la tragédie m‘ayant frappé, venaient vers moi pour me prier de répondre à leurs questions... J‘en étais malade.

    Un sentiment d’urgence, de danger imminent naquit en moi et sans le remarquer, je reculais jusqu’à toucher le muret, tout en continuant d’observer mon interlocutrice. Je n’arrivais pas à réfléchir, bouleversé comme j’étais, le cœur battant à tout rompre. Toutefois, quand la voix douce et paisible d’Andréani s’éleva une nouvelle fois, j’eus l’impression qu’elle m’y enfonçait un poignard !

    « Mais toi, tu es là… »

    La souffrance qu’un être ressent en perdant une personne qui l’aime ne peut être exprimé. Savoir que ce funeste fait est définitif est une souffrance intolérable. A présent, j’acquérais une nouvelle dimension à la douleur qui m’accompagnait au quotidien : celle de l’entendre dire par autrui.

    Je relâchais la pression de mes doigts autour de ma paire de ciseau ainsi qu’autour du dossier. Sans le vouloir, ce qui restait des feuillets se dispersait au gré du vent. Les yeux regardant le sol, la mâchoire crispée, les larmes que j’avais retenu depuis que le récit que j’avais raconté à l’infirmière, montèrent jusqu’au bord de mes sombres prunelles et d’une voix cassée par l’émotion me serrant la gorge, je chuchotais :

    « … Juste une coquille vide… »

    Je plongeais mon regard presque noir dans celui marron d’Andréani-San. Je n‘y lis aucune pitié, mais ne compris ce qu’elle essayait de me transmettre. Le mien trahissait une fois encore et surtout à cet instant, toute la douleur, toute la rage et surtout la peur que j’avais au fond de moi.
    J’étais effrayé. Elle m’effrayait.

    Pour la première fois depuis deux ans, j’avais formulé sa disparition, son décès à une autre personne qu‘à moi-même. J’avais toujours imaginé qu’elle allait être fortement dans la compassion, qu’elle allait exprimer de belles phrases toutes faites et finir par un « je comprends » absolument faux et sans intérêt.
    Ainsi, j’aurai pu extérioriser tout ce que je ressentais vraiment, en m’énervant contre elle, la faire fuir et retourner à ma solitude rassurante…
    Andréani-San avait exprimé simplement des faits d’une manière telle que j’avais plus que l'envie de pleurer la perte de ma meilleure amie !

    J’évitais de raisonner et de prendre connaissance des raisons qui me poussaient à un tel acte, surtout envers une jeune personne qu’il y a encore une heure, elle était une inconnue parmi toutes les autres. Je fermais les yeux une seconde, essayant de retrouver une certaine contenance, de calmer ma respiration et le rythme de mon muscle cardiaque. Je comptais jusqu’à dix et les rouvris… Pour n’apercevoir que la demoiselle me regardait encore !

    Les cellules de tout mon corps se raidirent en un rejet manifeste. J’en fis blanchir les jointures de ma main qui tenaient encore mes ciseaux. Je n’en pouvais plus. Je ne supportais pu qu’elle me dévisage ainsi, comme si elle cherchait à creuser pour découvrir ce que je cachais au plus profond de moi. Je détournais le regard, nerveux et sans réfléchir plus longtemps, je pris la fuite.

    Rapidement et tout en évitant de poser les yeux sur elle, je rangeais dans un désordre sans nom, les effets que j’avais sorti tout à l’heure, dans mon sac à dos. Habituellement, j’étais soigné et prenais le temps de les déposer correctement, un par un, pour ne pas qu’ils soient abimés. Mais, rien n’était ordinaire aujourd’hui et je ne pensais plus qu’à l’idée d’être loin, très loin de ses iris.

    Je me redressais, ne fermant qu’à moitié mon sac à dos pour simplement éviter que mes affaires ne tombent alors que je marcherais et le mis en bandoulière sur mon épaule. Mes cheveux cachant mes prunelles, je saluais d’une courbette polie, Andréani-san et traversais le plus rapidement possible le toit pour atteindre la porte. Cependant, à moins d’un mètre de la sortie, je ne pus m’empêcher de me retourner pour l’observer une dernière fois. J’en fus toutefois, mal avisé car elle m’avait suivit du regard. Une fois encore, nos yeux se croisèrent et cela ne fit qu’accroitre le malaise que je ressentais sans l‘expliquer. Presque immédiatement, je lui tournais le dos et courus. Je m’engouffrais dans le bâtiment avec un tel empressement que je me rendis pas compte que mon sac tapa le chambranle. Je n’avais pas fermé également la fermeture éclaire de la poche du devant et sans en avoir conscience, mon carnet d’écriture en sorti et tomba à terre.

    Une brise vint s’amuser à tourner les feuilles jusqu’à la première double page du carnet où toute personne un peu curieuse pouvait voir deux phototagraphies d’une jeune fille resplendissante de joie. Sur l’une d’elle était écrit un court message dans une écriture fine et soignée.

    J’avais continué ma route sans me retourner, dévalant les escaliers quatre-à-quatre, comme si j’avais aperçu le diable en personne sur le toit de ses dortoirs et qu‘il était à présent, à mes trousses. Je fis une pause au premier étage tout de même, n’en pouvant plus. Je m’assis sur la première marche, tenant toujours mon sac par l’une de ses anses et fixais un point invisible en face de moi.

    Essoufflé, perdu et en même temps, bien trop pragmatique pour que je puisse me convaincre qu’il ne s’était rien passé là-haut, je retenais à grand peine mes larmes. J’avais des difficultés à trouver une explication logique et raisonnable surtout quand mon chagrin ne demandait qu‘à sortir…
    Les coudes appuyés sur les genoux, je pris le temps de reprendre ma respiration et soufflais plusieurs fois en papillonnant des yeux pour éviter de pleurer.

    Pendant plusieurs minutes, je restais là, sans bouger jusqu’au moment où la sonnerie retentit.
    Je me relevais, un peu fatigué par ma course étant donné que cela avait toujours été Nam la plus athlète de nous deux… Un bref sourire étira mes lèvres en imaginant bien sa réaction si elle avait su que je n‘allais pas déjeuner. Les quelques minutes qui s’étaient écoulées m’avait permit de refouler tous mes sentiments, même si ceux qu’Andréani-San avaient provoqués. Cependant, ils étaient toujours là, près de la surface, silencieux mais puissants, attendant simplement ma prochaine défaillance.

    La plupart des élèves allait manger ou profitait d’être en bonne compagnie dans la cour du lycée à cette heure-ci. En conséquence, je savais que les couloirs du bâtiment scolaire réservait toujours une quiétude bienfaitrice et la solitude que je recherchais. Je me décidais de bouger pour aller m’installer devant la salle de mon prochain cours. Ainsi et d‘ici 14h, j’aurai retrouvé ma carapace habituelle et personne ne pourrait entrevoir la moindre de mes émotions, surtout pas une certaine jeune fille…

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Je ne fais que le penser.


Il y a un ange de trop dans le ciel...


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Premier pas vers une vérité difficile à énoncer...

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